En France, un propriétaire ne peut demander que les documents prévus par le décret n°2015-1437. La liste est limitative et concerne quatre catégories : identité, domicile, situation professionnelle et ressources. Demander un document interdit (RIB, relevé bancaire, casier judiciaire, carte Vitale…) peut entraîner une amende pouvant atteindre 3 000 € pour un particulier et 15 000 € pour une personne morale. Le véritable danger aujourd'hui n'est pourtant pas de manquer un document… mais d'accepter un faux dossier parfaitement fabriqué.
J'ai eu plusieurs fois le même scénario. Un candidat arrive avec un dossier impeccable : fiches de paie parfaites, CDI, plus de 4 000 € de revenus, avis d'imposition cohérents. Tout semble rassurant. Je signe.
Deux mois plus tard, le premier impayé arrive. Puis un deuxième. Puis plus rien. En cherchant davantage, je découvre que les fiches de paie étaient fausses — visuellement quasiment impossibles à distinguer de vraies.
Ce n'est pas un cas isolé. En 2026, la fraude documentaire dans l'immobilier locatif continue de progresser, portée par des logiciels de retouche et par l'intelligence artificielle. Les faux bulletins de salaire, faux avis d'imposition ou faux contrats de travail sont devenus beaucoup plus convaincants qu'il y a quelques années seulement.
Le problème est double. D'un côté, la réglementation interdit de réclamer certains documents pourtant jugés « logiques » par beaucoup de bailleurs. De l'autre, elle offre très peu de moyens pour détecter les faux. Autrement dit : vous pouvez être sanctionné si vous demandez trop — tout en restant démuni face à une fraude bien réalisée.
Le décret du 5 novembre 2015 fixe une liste strictement limitative. Si un document n'y figure pas, il est interdit de le demander — même si le candidat accepte de le fournir. Le consentement du locataire ne rend pas votre demande légale.
Le décret organise les justificatifs en quatre catégories. Pour chaque catégorie, vous ne pouvez demander qu'une seule pièce parmi celles listées.
| Catégorie | Exemples de documents autorisés |
|---|---|
| Identité | Carte nationale d'identité, passeport, titre de séjour, permis de conduire |
| Situation de logement | Quittances de loyer, attestation du bailleur, attestation d'hébergement, taxe foncière |
| Situation professionnelle | Contrat de travail, attestation employeur, Kbis, certificat de scolarité… |
| Ressources | Bulletins de salaire, avis d'imposition, pension, revenus professionnels… |
Une seule pièce parmi : carte nationale d'identité, passeport, titre de séjour valide, permis de conduire. Il est interdit d'en exiger plusieurs.
Un document parmi : les trois dernières quittances de loyer, une attestation du précédent bailleur confirmant que le locataire est à jour, une attestation d'hébergement, le dernier avis de taxe foncière si le candidat est propriétaire.
| Statut | Documents possibles |
|---|---|
| Salarié | Contrat de travail ou attestation employeur (type de contrat, rémunération, date d'embauche) |
| Indépendant | Extrait Kbis, attestation d'immatriculation, attestation d'expert-comptable |
| Étudiant | Carte étudiante ou certificat de scolarité |
| Retraité | Justificatif de pension |
C'est la seule catégorie où plusieurs pièces sont admises : les trois derniers bulletins de salaire, les deux derniers avis d'imposition, les justificatifs de pension. Le revenu ne fait pas tout — un candidat stable à 2 800 € depuis dix ans dans la même entreprise est parfois moins risqué qu'un profil à 5 500 € qui change d'emploi tous les six mois.
| Document | Autorisé ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| RIB | ❌ Non | Le paiement intervient après la signature du bail |
| Relevés bancaires | ❌ Non | Vie privée protégée |
| Casier judiciaire | ❌ Non | Sans rapport avec la solvabilité |
| Carte Vitale | ❌ Non | Donnée de santé |
| Attestation d'absence de crédit | ❌ Non | Hors décret |
| Autorisation de prélèvement | ❌ Avant signature | Possible uniquement après la signature du bail |
| Documents liés à une grossesse ou situation familiale | ❌ Non | Discrimination interdite |
Les sanctions sont réelles : amende jusqu'à 3 000 € pour un particulier, 15 000 € pour une SCI ou société de gestion.
C'est une idée reçue très répandue : beaucoup de bailleurs pensent qu'un garant, puisqu'il « rend service », peut être soumis à des exigences plus larges. La loi dit exactement le contraire. Le décret 2015-1437 s'applique au garant exactement comme au locataire — mêmes quatre catégories, mêmes pièces autorisées, mêmes interdictions, mêmes sanctions.
Vous pouvez demander au garant :
Rien de plus. Pas de relevés bancaires, pas de RIB, pas d'attestation d'absence de crédit.
Vérifiez surtout sa solvabilité réelle. La règle généralement retenue est que ses revenus représentent au moins 3 à 4 fois le loyer charges comprises — mais ce n'est pas le seul critère. La stabilité de l'emploi, le type de contrat et la cohérence générale du dossier comptent autant. Un garant qui change régulièrement d'emploi ou dont les revenus sont très variables offre une protection plus fragile qu'il n'y paraît.
Dans le langage courant, tout le monde dit « caution » pour désigner la somme versée par le locataire à l'entrée. C'est techniquement inexact, mais ça ne pose aucun problème juridique — les tribunaux savent très bien de quoi il s'agit.
La distinction qui compte en pratique :
Ces deux mécanismes sont distincts et peuvent coexister dans le même bail. Ce qui compte juridiquement, ce n'est pas comment vous appelez la somme — c'est comment vous la traitez : délai de restitution respecté, retenues justifiées par des factures, montant dans les plafonds légaux.
Les plafonds légaux :
| Type de location | Plafond |
|---|---|
| Location vide | 1 mois de loyer hors charges maximum |
| Location meublée | 2 mois de loyer hors charges maximum |
| Bail mobilité | Aucun dépôt de garantie autorisé |
| Loyer payable trimestriellement | Aucun dépôt de garantie exigible |
Toute clause du bail prévoyant un montant supérieur est nulle. Le dépôt ne peut pas non plus être révisé à la hausse lors du renouvellement, même si le loyer a augmenté.
La loi encadre précisément ce que vous pouvez demander. En revanche, elle vous aide beaucoup moins lorsque les documents sont falsifiés.
Vous avez le droit d'appeler l'employeur pour une confirmation simple : est-il bien en CDI ? Son salaire correspond-il ? Mais l'employeur n'est pas tenu de vous répondre, et la CNIL vous interdit d'aller au-delà d'une confirmation oui/non strictement nécessaire. Pour les fiches de paie, vous regardez, vous comparez, vous cherchez des incohérences. C'est tout.
L'outil que trop peu de bailleurs connaissent : DVÉRIT. Disponible gratuitement sur impots.gouv.fr, il permet de vérifier l'authenticité d'un avis d'imposition en entrant le numéro fiscal et le numéro d'avis — confirmation instantanée. C'est le seul vrai moyen de contrôle légal à votre disposition sur les revenus déclarés.
Et si le locataire a menti, les recours sont quasi inexistants en pratique. L'action en faux et usage de faux est techniquement possible, mais complexe, longue et rarement couronnée de succès pour un bailleur particulier.
Les vérifications à faire systématiquement :
C'est le point que beaucoup de bailleurs ignorent, et qui peut leur coûter très cher.
La loi Boutin interdit le cumul garant + GLI. Si vous souscrivez une assurance loyers impayés et exigez quand même un garant, le cautionnement est nul. Le jour où vous avez un impayé, le garant peut légalement se désengager — et vous vous retrouvez sans filet. Vous pensiez avoir deux protections ; vous n'en avez aucune qui tienne.
Exception unique : le locataire est étudiant ou apprenti. Dans ce seul cas, le cumul est légalement autorisé.
Le dossier est éligible (CDI confirmé, revenus stables) : la GLI est la meilleure protection. Elle couvre les loyers dès le premier impayé, les frais de procédure et d'expulsion, et c'est l'assureur qui gère. Coût : 2,5 à 5 % du loyer charges comprises par an.
Mais la GLI est impitoyable sur les délais procéduraux.
C'est le piège que peu de bailleurs anticipent. Les contrats GLI imposent des délais stricts : mise en demeure du locataire dans un délai précis après le premier impayé, déclaration à l'assureur dans un délai contractuel. Si vous envoyez votre relance 10 jours trop tard, ou si vous déclarez le sinistre hors délai, la garantie peut sauter — même si le locataire n'a pas payé depuis trois mois.
Des bailleurs découvrent au moment du sinistre qu'ils ont perdu leur couverture pour un courrier envoyé en retard. C'est pour cette raison que Gestion N°1 intègre des alertes automatiques : relance locataire au bon moment, rappel de déclaration assureur dans les délais contractuels. Pour que la GLI joue son rôle le jour où vous en avez besoin. Nous détaillons ce calendrier dans notre article sur la relance des loyers impayés et les délais GLI.
La GLI refuse fréquemment les CDD courts, les indépendants récents, les CDI en période d'essai. Si le dossier n'est pas éligible, le garant reste la seule option. Mais gardez une chose en tête : un garant peut perdre son emploi, tomber malade, refuser de payer. Ce n'est pas une raison de l'écarter — c'est une raison de vérifier sérieusement sa solvabilité réelle avant de signer.
| GLI | Garant | |
|---|---|---|
| Couverture | Dès le 1er impayé | Après mise en demeure du locataire |
| Frais de procédure | ✅ Couverts | ❌ À votre charge |
| Coût | 2,5 à 5 %/an | Gratuit |
| Profils éligibles | CDI, revenus stables | Tous profils |
| Risque principal | Délais procéduraux à respecter | Accident de vie du garant |
| Cumul autorisé | ❌ Sauf étudiant/apprenti | ❌ Sauf étudiant/apprenti |
Un bon dossier ne protège de rien si le locataire a menti. La vraie question n'est pas « est-ce que ce dossier est solide ? » mais « est-ce que j'ai une protection qui fonctionne indépendamment de ce dossier ? »
Choisissez entre GLI et garant avant de signer — pas après.
Voici la check-list que j'utilise avant chaque signature. Vous pouvez la cocher directement ci-dessous, ou la télécharger en PDF pour l'imprimer et l'avoir sous la main lors des visites.
Télécharger la check-list (PDF)
Non. Le RIB est demandé après la signature du bail, pour mettre en place le paiement.
Non. Ils ne figurent pas dans la liste des documents autorisés et leur demande est passible d'amende.
Oui, pour une confirmation simple (CDI ? salaire correct ?). L'employeur n'a aucune obligation de répondre, et vous devez vous limiter à ce qui est strictement nécessaire selon la CNIL.
Oui. Si le candidat refuse de fournir un document légalement autorisé, vous pouvez ne pas donner suite.
Non. Le garant bénéficie exactement des mêmes protections que le locataire.
La loi ne fixe pas ce seuil. En revanche, il est largement utilisé par les bailleurs et les assureurs comme indicateur de solvabilité — c'est une pratique acceptée, pas une obligation légale.
Oui, et ils sont devenus beaucoup plus convaincants. C'est pourquoi il faut vérifier la cohérence globale du dossier plutôt que de regarder uniquement le chiffre du salaire.
Oui. Le service de vérification d'un avis d'imposition est proposé gratuitement par l'administration fiscale sur impots.gouv.fr.
Non, sauf si le locataire est étudiant ou apprenti. En dehors de ce cas, le cumul est interdit par la loi Boutin et le cautionnement serait nul.
Entre les dossiers locataires, les relances, les quittances, les révisions de loyer et les échéances GLI, il devient vite difficile de tout suivre — surtout que la GLI ne pardonne pas les oublis. Un délai manqué, et c'est la garantie qui saute.
C'est précisément pour ça que j'ai créé Gestion N°1 : centraliser les dossiers, générer les quittances, suivre les impayés, recevoir des rappels pour les échéances importantes et ne jamais rater une déclaration GLI. Un achat unique, sans abonnement — parce qu'un outil de gestion ne devrait pas lui-même vous coûter un loyer chaque mois.
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